Aarakshan: toucher l’intouchable

Posted on septembre 12, 2011

0


Aarakshan, polémiques autour du film

S’il y a bien un film que j’aimerais voir c’est Aarakshan, qui est sorti il y a exactement un mois (le 12 août) en Asie du Sud.  Aarakshan (Réservation, quota ou place réservée en français) est un film indien qui fait la critique des politiques de castes et des quotas imposés dans les emplois gouvernementaux et les institutions scolaires.
Avant même sa sortie, le film a soulevé des passions en Inde. Le NCSC (The National Commission for Scheduled Castes) estimait que certains dialogues d’Aarakshan étaient insultants envers les intouchables, cette caste indienne considérée comme inférieure.

De plus, un des acteurs principaux (Saif Ali Khan) a été critiqué car étant d’ascendance royale on estime qu’il n’aurait pas du interpréter le rôle d’un individu de caste inférieure. Franchement! L’abolition de la monarchie ne date pourtant pas d’hier. Qu’est-ce qui détermine la caste d’un individu?

Intouchables

Chez les hindous, la caste est une division hiérarchique basée sur l’hérédité. Les plus inférieurs sont les intouchables, qu’on surnomme aussi les outcasts (proscris), dalits (écrasés ou tyrannisés) ou harijans (les enfants de Dieu pour reprendre Ghandi). Le type de travail occupé par les intouchables est considéré comme impure, ce qui explique pourquoi les autres castes évitent tout contact physique avec eux. Les dalits ont surtout été reconnus pour être des tanneurs, balayeurs, coordonniers ou agriculteurs. Les plus « inférieurs » des dalits occupent des postes de scavengers (« éboueurs » en serait la traduction française) un travail consistant notamment à creuser les tombes dans les villages, ramasser les animaux morts ou nettoyer les excréments humains. Rien de très glamour en soi.

Aujourd’hui, les dalits font toujours face à des actes discriminatoires dans les villages:

  • Interdiction d’épouser ou de manger avec les membres d’une autre caste
  • Dans les restaurants ils n’ont pas droit aux mêmes placesm ni aux mêmes ustentils que les autres
  • Interdiction de porter des sandales ou tenir un parapluis en face d’un individu de classe supérieure
  • Ségregation dans les écoles; les enfants dalits s’assoient dans une section différente des autres élèves
  • Salaires inférieurs

On dirait l’apartheid!

Saif Ali Khan portant le Sherwani, habit royal

Saif Ali Khan portant le Sherwani, un habit royal

Les temps modernes aidant, plusieurs groupes et associations font pression pour que les dalits bénéficient des mêmes chances que les autres. Des réservations (ou quotas) sont donc imposées aux établissements scolaires pour qu’ils admettent un certain pourcentage d’élèves dalits. La caste est donc un facteur plus déterminant que la performance scolaire (voir ce reportage de la BBC). Il en est de même au niveau des postes gouvernementaux. La discrimination positive pénalise t-elle les autres castes? C’est sur ce sujet extrêmement sensible que se base le film Aarakshan.

Aarakshan autour du monde

Pour tout dire, ce film a attiré mon attention sur un phénomène dont j’ignorais l’existence en Inde; l’affirmation positive. J’ai toujours pensé que la discrimination positive était réservée aux populations occidentales qui doivent donner sa chance à une population grandissante de races différentes (descendants d’esclaves et immigrants). J’étais à mille lieues de me douter que l’affirmation positive pouvait également s’appliquer à des individus de même race. Quel dommage!
Pour ou contre la discrimination positive? Iriez-vous voir Aarakshan? Moi oui…