Bollywood vendra t-elle son identité culturelle à l’Occident?

Posted on mai 25, 2011

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Culture diluée ou preuve de modernité?

Aperçu de Ra.One

Quelle ne fut pas ma surprise en apprenant que mon acteur indien préféré (Shah Rukh Khan) va jouer les Spiderman dans un film intitulé Ra.One.  Pour un film bollywoodien, la bande-annonce de Ra.One surprend; ça laisse présager pas mal d’action, de la casse et de la frime. Personnellement, je préfère les indiens quand ils ne se prennent pas au sérieux, quand il chantent, dansent, rigolent mais aussi quand ils parlent d’amour! C’est justement ce format bon-enfant qui déplait à Shah Rukh Khan qui a récemment avoué son dégoût pour les histoires d’amour. Pour briser les clichés bollywoodiens, Khan et sa femme Gauri prévoient des films tels que Ra.One dont ils assurent la production via leur compagnie, Red Chillies Entertainments.

Instabilité culturelle ou mondialisation?

Ambassadeur de la culture indienne à l’étranger et King de Bollywood, Shah Rukh est un artiste élitiste qui rêve de films mariant l’expertise occidentale à la culture orientale. Le public cible? Non seulement les Occidentaux mais aussi les NRIs (Non-Indian Residents), ces quelques 20 millions d’individus d’origine indienne nés ou vivant à l’extérieur de l’Inde.
Parce que certains NRIs ne sont pas toujours très friands des traditions et du folklore indien, le beau gosse de Bollywood croit que des productions indiennes plus modernes permettraient à la diaspora indienne  d’accepter ses racines et ses valeurs.

Malheureusement, Shah Rukh ne doit pas être le seul acteur ou producteur indien à penser ainsi. Bollywood a déjà mis son identité culturelle aux enchères avec des films médiocres tels que Salaam Namaste, Wanted ou encore Kudiyon Ka Hai Zamana.

Image promotionnelle du film Don

Il y a aussi eu Don: The Chase Begins Again (tourné en Malaisie) qui donnait la fâcheuse impression d’être un film d’action américain tourné avec des acteurs indiens. C’était incohérent de voir des truands s’arrêter en plein chorégraphie pour s’entretuer. Même si Don n’était pas mauvais, ses allures occidentales m’ont un peu déroutées parce que je regarde les films indiens justement pour me déconnecter mon quotidien nord-américain.  Quand je veux voir de l’action ou des drames bien structurés, je regarde américain. Bien que Bollywood devrait se moderniser, elle doit être plus qu’une version indienne d’Hollywood.

Jab We Met, film haut en couleur

Qu’ils vivent en Afrique, en Amérique latine, en Europe ou dans d’autres pays asiatiques, les fans de Bollywood recherchent des films qui font écho à leurs valeurs. Ils aiment découvrir l’imaginaire d’une culture similaire à la leur mais avec des décors étrangers. Peu importe que les scénarios soient peu réalistes (comme dans Kuch Kuch Hota Hai), que l’usage des couleurs soit aveuglant (voir Jab We Met), que le jeu des acteurs soit exagéré (Mere Baap Pehle Aap) ou que les chansons et chorégraphies soient interminables (Aaja Nachle).
Pour les gens comme moi qui sommes dénués d’appartenance nationale ou ethnique, Bollywood permet de romancer les chocs culturels (comme dans Dil Bole Hadippa) et de voir des hommes en « robes » danser sans complexe.

Je suis peut-être un peu mal placée pour critiquer un cinéma indien qui tente de casser des clichés parce que je m’amuse souvent à détruire tous les mythes que les gens entretiennent sur les africains. Malgré tout, je me permets de défendre fièrement la beauté de Bollywood parce que j’ai appris à vivre mon instabilité culturelle sans cracher sur mes origines. J’espère de tout cœur que le cinéma indien réussira également à séduire l’Occident sans oublier sa richesse culturelle…

J’ai été éduqué dans un contexte très hindi, de manière très humble mais mon éducation scolaire et certains enseignements m’ont eu peu occidentalisé. Je crois que la plupart des NRIs sont comme ça. Leur cœur est dans leur pays et leur esprit et leur corps est à l’étranger. Je crois que je suis un peu occidentalisé dans mon approche mais mon cœur et mon âme et mes croyances et ma culture viennent d’Inde.
Shah Rukh Khan dans le documentaire Living With A Superstar – Shah Rukh Khan

Crédits photos:
– Jab We Met: hidilli.com
– Ra.One: thedailyhoney.com