Disiz la Peste: le rappeur métis s’emmêle les pinceaux

Posted on septembre 22, 2009

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disiz frDisiz la Peste a récemment été aperçu sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché » pour la promotion de son livre « Les derniers de la rue Ponty ». Au lieu de parler de son livre, Disiz finit par se disputer avec les animateurs de l’émission. Malheureusement, l’ambiance sur le plateau a été gâché lorsque la conversation débouche sur des sujets tabous: l’identité raciale et les banlieues françaises. Sur son blog, le rappeur français justifie ses prises de positions lors de l’émission mais il s’excuse également auprès des personnes qu’il aurait peut-être déçues.

Alors ok, je le reconnais ce n’était pas le lieu pour parler de ça et je n’aurais pas dû. Mon livre n’est pas partial, je ne glorifie pas l’Afrique au détriment de la France. Ma belle soeur Médina, au contraire, aurait tendance à y trouver l’inverse, pendant qu’Eric Zemmour semble voir que je le fais….

Et pourtant, le rappeur franco-sénégalais peut se vanter d’avoir pu tenir une conversation avec les présentateurs de l’émission contrairement à un certain Doc Gynéco, un autre rappeur métis qui a eu du mal à expliquer pourquoi il a changé d’opinions sur les banlieues. Peut-on reprocher à Disiz de s’être engagé dans un débat inutile car perdu d’avance alors qu’il était censé faire la promotion de son livre? Zemmour, chroniqueur pour l’émission « On n’est pas couché », est réputé pour soulever les passions. Le thème des banlieues et du rap étant très sensible en France, il n’est pas étonnant qu’il se soit déjà attiré les foudres d’autres invités banlieusards tel que l’humoriste Ramzi. Avec le présentateur de l’émission Laurent Ruquier à ses côtés, on a l’impression d’assister à un numéro de bon flic, mauvais flic… sauf qu’à force de répéter le même numéro, personne ne s’y fait plus prendre. Même si Laurent a très souvent l’air choqué par l’audace de ses chroniqueurs, beaucoup le  soupçonne de jubiler intérieurement lorsqu’il songe à la montée en flèche de sa côte d’écoute.

Le malaise qu’éprouvent les banlieues par rapport au reste de la France réside dans le fait qu’ils se sentent incompris et méprisés. Ils reprochent notamment aux français leur refus de reconnaître qu’il existe une politique de deux poids, deux mesures dans leur pays.

Disiz: C’est creux. Je le vis cet idéal de « on est tous les mêmes », « Liberté, égalité, fraternité ». Pour moi c’est un slogan et une publicité mensongère. Depuis tout petit on me le met dans la tête, sauf que depuis tout petit on ne me montre pas que je suis à l’égal des autres. Déjà je suis métis Franco-Sénégalais. .

Zemmour (fils d’immigrants algériens) refuse de croire à une séparation des classes mais surtout des races.  Selon lui, les banlieusards, non contents de se réfugier dans un carcan de victimisation, aiment diaboliser la France.

Zemmour[En parlant du livre]: Je trouve qu’il y a un moralisme en permanence qui est vraiment exaspérant. Oui c’est bien de faire le bien, c’est mal de faire le mal. Il y a un côté manichéen en général. L’Afrique c’est bien, la France c’est mal […]
Disiz La Peste: J’ai essayé, justement, en tant que métis franco-sénégalais de ne pas prendre de partie et de critiquer les deux cotés.

Malgré son énorme bagage intellectuel, Zemmour ne semble pas saisir la subtilité du métissage. Il a fait une dissertation poignante mais surtout inappropriée sur l’abdication des origines de tout un chacun.
Disiz illustre si bien la complexité du métissage. Né et élevé en France, il n’a connu le Sénégal que beaucoup plus tard. Impossible de nier la culture et le sang français qui coulent dans ses veines malgré les vigoureux efforts qu’il fait pour épouser son côté sénégalais. Sur son blog il explique:

On me dit que la France n’est pas communautaire. Je n’ai pas par mes origines diverses, mon statut bancal de banlieusard/provincial, je n’ai jamais fait partie d’aucune communauté. […] “Les miens” c’est mes enfants, pour qui je m’inquiète, car ils sont noirs avec des prénoms musulmans. Que cette discrimination que l’on tente d’atténuer et bel et bien là, qu’elle soit ethnique, sociale ou culturelle et que ce n’est pas moi qui m’attache à mes origines, car j’en ai deux, je suis picard et rufisquois. […] Les miens” c’est ce type au Sénégal qui m’a dit à la fin d’un concert: “toi Disiz, tu parles de l’Afrique, mais tu fais rien pour l’Afrique, t’es qu’un blanc qui défend sa banlieue, c’est ici le vrai ghetto…”

Paradoxal? On retiendra surtout qu’il est fier d’être métis… Et qu’il a publié un livre.

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